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Etienne Daho : quelle histoire !

Etienne Daho : quelle histoire !

Monsieur Daho

Rééditions magistrales et compilation parfaite de morceaux choisis : on célèbre en grande pompe les trente ans de carrière d’Etienne Daho, éternel adolescent toujours aux aguets.

Cette histoire est d’abord un peu moins qu’une chanson. Quelques bribes de paroles accompagnées à la guitare, susurrées et enregistrées dans sa chambre sur un magnétophone de fortune par un jeune Breton inconnu de 22 ans, un jour de 1978. Deux ans plus tard, Cette histoire devient un morceau un peu rockabilly enregistré en studio à Rennes en vue d’un concert lors des toutes jeunes Transmusicales. Mais Cette histoire, on l’entend pour la première fois sur disque en 2011, car Etienne Daho avait finalement choisi de la mettre à la poubelle plutôt que sur son premier album Mythomane (1981).

L’histoire de Cette histoire, on la découvre parmi tant d’autres dans l’impressionnante réédition de quatre albums d’Etienne Daho : Mythomane donc, Pop Satori (1986), Corps et armes (2000) et L’Invitation (2007). Chacun d’eux ressort enrichi des croquis successifs qui l’ont mis au monde : versions antérieures de certains morceaux, chansons finalement non choisies et pour certaines inconnues, reprises interprétées souvent en duo pour des émissions télé et jamais publiées… C’est un peu d’une Pléiade Daho que ces quatre rééditions constituent le prélude. “J’aimerais beaucoup faire la même chose pour mes autres albums, Eden, Paris ailleurs… Mais c’est une somme de boulot dingue. Il a fallu retrouver les bandes, fournir un gros travail de restauration”, dit le chanteur.

C’est sur l’album Mythomane que ce travail d’exhumation est le plus impressionnant. Il produit un véritable appareil éditorial, qui retrace tous les temps de la genèse de l’album, de la guitare maigre et velvetienne des premières maquettes amateurs aux premiers mixes par Darcel et Jacno. Dans ces prises, Daho s’interrompt parfois pour dire “oh merde”, interpelle son acolyte guitariste Richard Dumas (“Je recommence au début ?”) ou se présente en riant aux gars du premier studio (“Bonjour, je m’appelle Etienne Daho et je suis un artiste breton”).

“Oui, on nous entend parler dans certains morceaux… Ce sont de vrais petits moments de vie qui ont été prélevés. Richard avait un groupe à Rennes (Richard Dumas est devenu depuis un photographe reconnu, notamment pour Libération – ndlr), il savait que j’écrivais des chansons dans mon coin. J’avais une vingtaine d’années et je n’osais pas encore formuler mon envie d’être chanteur et musicien. Il m’a proposé de venir jouer de la guitare et j’ai enregistré pour la première fois mes compositions sur un petit magnéto. On a capté là pas seulement des brouillons de chansons mais surtout un moment de mon existence qui est cher à mon coeur et que j’avais oublié, la toute première fois. Ce qui est émouvant je crois, en écoutant ces morceaux, c’est qu’on n’avait encore aucun projet, on faisait les choses sans savoir ce qu’elles allaient devenir.

A ces quatre rééditions documentées s’ajoute une compilation, mais d’un genre particulier. Pas un concentré de singles à succès, mais plutôt un recueil des chansons moins connues et préférées de son auteur : OuvertureLa BaieBoulevard des Capucines… On découvre une version de L’adorer (cette description maniaque et magnifique du poison amoureux en fin de cycle) en duo avec Catherine Deneuve. “Gaël Morel m’avait demandé une chanson pour son film Après lui, et j’avais proposé cette chanson pour Catherine. Mais la production a fait des problèmes… Alors je l’ai chantée moi-même sur L’Invitation.”

On retrouve aussi De bien jolies flammes, écrit pour Eden (1996) mais non retenu. “Je ne comprends toujours pas pourquoi je l’ai viré au dernier moment.” Le morceau est sautillant comme de la soul Motown, mais sous les paillettes des Supremes s’entend la terreur muette d’un petit garçon. “Je parle d’un souvenir qui m’a traumatisé. Lorsque je vivais à Oran avec ma mère, et qu’à 5 ans, pendant la guerre, on a mis le feu à notre maison. C’est vrai que j’aime bien cacher ce genre de choses, ne pas être complètement entendu. Comme pour Le Grand Sommeil, qui a été perçu comme un morceau très pop, très frais, mais qui raconte quand même un suicide. J’aime bien jouer avec ces écarts.”

Depuis très peu de temps, Etienne s’est d’ailleurs remis à jouer. Après cette revisitation de certaines pièces de son oeuvre, il s’apprête à l’agrandir d’une nouvelle. “Je me suis mis à écrire le nouvel album. Mais il y a trop de tentations à Paris et c’est très facile de me détourner de mon travail. Il faut que je m’isole. J’ai écrit Paris ailleurs à Lisbonne, Eden à Londres, L’Invitation à Barcelone… Là, j’ai envie d’aller en Italie, à Rome.” Pour plus d’un week-end cette fois ? “Ha ha ! En fait, quand j’ai écrit Week-end à Rome, je n’y étais allé qu’une seule fois, très jeune. Avec une bande d’amis, on était descendus en 4L jusqu’à Naples. On se partageait entre les musées et les nuits d’ivresse. C’était bien.”

Rééditions Deluxe : Mythomane ; Pop Satori ; Corps et armes ; L’Invitation (EMI)
Compilation : Monsieur Daho (EMI)

Jean-Marc Lalanne
Video Etienne Daho à Montreux interview.

 

Marc FICHELLE, créateur et directeur de France Art TV.

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