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Un amour impossible *****

Un amour impossible *****

On use aisément du vocable ‘chef d’œuvre’, j’en suis parfois moi-même la victime consentante. Mais donner envie enflamme le verbe, raison pour laquelle il faut savoir manier les adjectifs -et surtout les adverbes- avec parcimonie. Pourtant ils mériteraient ô combien de pleuvoir sur ce qui apparaît comme le meilleur film de Catherine Corsini, réalisatrice discrète de La nouvelle Eve et de Partir. Pour rendre grâce à cette nouvelle proposition, j’ai tenté de peser les mots, de les agencer bien, intelligemment. Mais qui suis-je pour croquer un tel sommet ? Je me contenterai donc de vous dire avec pudeur qu’aucune autre œuvre ne m’a jamais autant ressemblé.

Une histoire de femmes, une histoire d’amour aussi et surtout, d’amours au pluriel, d’amours même si elles furent contrariées, empêchées ou perverties. Nous suivons 35 ans de la vie d’une mère tombée raide dingue d’une gueule d’ange brillante comme une lave brûlante, dangereuse au point de l’engloutir malgré elle, malgré sa volonté de réalisation professionnelle à laquelle elle ne renonça pas, non plus. Malgré l’attention, la tendresse insigne, le devoir qu’elle s’assigna seule d’élever sa fille puisqu’il ne voulut pas s’engager, se marier ni même assumer sa progéniture. Catherine Corsini adapte avec la plus juste émotion l’œuvre autobiographique de Christine Angot, démontrant que cette dernière se révèle bien autre chose que le cerbère du piège télévisuel dans lequel je regrette qu’elle soit tombée. Et puis elle dirige, à doigts de velours, une Virginie Efira au sommet de son art. Un peu comme Claude Sautet avait dirigé Romy Schneider dans Une histoire simple.

Virginie Efira lâche prise pour s’approcher au plus près de ce personnage indépendant et pourtant prisonnière d’un amour impossible, à sens unique mais irrépressible. Un amour humilié par un milieu social auquel elle n’appartient pas et ne voulant pas d’elle. Humilié au point de souiller sa fille à l’aube de l’adolescence qui n’aura d’autre choix que la rancœur, sourde et destructrice. Il faut voir « Un amour impossible », pas tant parce qu’il s’agit en effet un chef d’œuvre mais parce que le film comme l’ouvrage éponyme dont il est tiré, se dévoile comme une dissection -clinique mais sans froideur ni mauvaise distance- du sentiment humain. Il faut le voir aussi pour Niels Schneider, parfait en intello retors portant en lui l’histoire tout entière de la domination sociale et de ses sadismes. Et pour une révélation. Jehnny Beth, que l’on connait comme chanteuse abrasive et sensuelle du groupe Savages, transperce l’écran, campant une Christine Angot adulte plus vraie que nature. Catherine Corsini est un génie de la narration cinématographique et au final je me moque qu’à mon tour cette chronique soit taxée de l’adjectif ‘emphatique’. D’autres verront ce que j’ai vu.

 

Un amour impossible de Catherine Corsini, avec Virginie Efira, Niels Schneider, Jehnny Beth

Bande annonce

 

David Fargier aka Vents d’Orage

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