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L’heureux stratagème- Théâtre Edouard VII – jusqu’au 5 janvier 2020

L’heureux stratagème- Théâtre Edouard VII – jusqu’au 5 janvier 2020

Le Pitch 

Quelque part en France, à l’époque des Années Folles, un quatuor amoureux s’installe. La Comtesse (Sylvie Testud) s’éprend le temps d’un regard d’un beau gascon : le Chevalier Damis (Jérôme Robart). Le coup de foudre est partagé, mais n’est ni du goût de Dorante (Eric Elmosnino) ni de la Marquise (Suzanne Clément), leurs amants respectifs. Blessés, les amoureux délaissés vont alors échafauder un stratagème cruel pour récupérer les infidèles. Aux premières loges, les valets assistent aux tromperies, aux ruses et aux mensonges de leurs maîtres, en tentant parfois vainement de les copier et en cherchant le sens de cette course effrénée à l’amour. On se laisse emporter dans cette valse intemporelle des sentiments et du désir, en riant aux éclats de tant de cruauté !
Marivaux écrit ici une de ces intrigues les plus simples et les plus pures, dans cette langue française subtile et ambiguë qu’il maîtrise si merveilleusement bien.
Durée : 1h50.

Notes

« Bien que l’infidélité soit un crime, c’est que je soutiens qu’il ne faut pas un moment hésiter d’en faire une, quand on est tentée, à moins que de vouloir tromper les gens, ce qu’il faut éviter, à quelque prix que ce soit. »

Personnage féminin d’une liberté remarquable, la Comtesse est  loin de la simple coquette. La pièce, qu’il dit « sans âge », a été écrite en 1733 pour les Comédiens-Italiens, à la même époque que Le Petit-Maître corrigé. Marivaux s’y concentre sur les rouages de la passion, qu’il met à nu sans passer outre leurs contradictions. L’intrigue se noue entre la Marquise, délaissée par son amant le Chevalier qui s’est épris de la Comtesse, elle-même amoureuse de lui et qui repousse désormais Dorante. La Marquise échafaude alors avec Dorante un stratagème : ils feindront de s’aimer, et même de vouloir se marier, afin d’aiguiser la jalousie de ceux qu’ils chérissent. Se jouent dans une symétrie magistrale les noces de Lisette et d’Arlequin, liées à celles des maîtres.

« L’épreuve marivaudienne n’est jamais à sens unique : il n’y a pas un personnage qui éprouve et un autre qui est éprouvé ».

L’Heureux Stratagème est une pièce de Marivaux en 3 actes datant de 1733. Fin 2019, elle est jouée en même temps au Théâtre Edouard VII et à la Comédie-Française

Eric Elmosnino est souvent sur les scènes parisiennes. Ses dernières apparitions étaient dans Ramses II et Un Dîner d’Adieu.

Sylvie Testud a été récompensée du César de la meilleure actrice pour son rôle dans Stupeur et Tremblements (2004).

La mise en scène de L’Heureux Stratagème au Théâtre Edouard VII est de Ladislas Chollat. Fin 2019, il met également en scène La Souricière à La Pépinière Théâtre

Notre Avis 

Le rideau se lève sur un décor absolument somptueux et nous annonce ainsi une mise en scène contemporaine, choix des matériaux et des couleurs, effets miroir pour jouer sur les perspectives.

De 1733, nous passons aux années 30 avec Les costumes des acteurs ce qui offre un caractère intemporel à ce classique.

 

Bonne surprise, on évite l’écueil et le cliché d’une farce sur l’inconstance,  on perçoit  l’authenticité de ces personnages moins caricaturaux qu’ils n’y paraissent.

La rivalité entre la Marquise, femme expérimentée, et la jeune Comtesse s’apparente à un parcours d’initiation, de la profondeur du sentiment exprimé dans l’instant jusqu’à l’expérience de son âpreté. Si la cruauté pointe parfois , nous retenons l’allégresse de cette comédie, la sensibilité de chacun.

L’effet miroir , l’effet papillon ou les ricochets, les imbrications sont subtiles, la singularité de chaque personnage est juste sans être ostentatoire , pas de personnage qui évince l’autre, une réelle harmonie au sein de la troupe. Chacun prend sa place naturellement, exprimant des émotions qui ne manqueront pas de faire écho.

Nous serons émus, attendris, complice de   la détresse de l’éconduit apathique Dorante, la flamboyance du chevalier Damis, la pseudo naïveté de Lisette,  la féline marquise, le “rural” papa protecteur, le loyal Arlequin ou l’effronté Frontin et bien sur la facétieuse, malicieuse mais agile Comtesse.

 

Des regrets tout de même : une sonorisation inconfortable, un début difficile avec des paroles parfois si peu audibles que l’on se surprend à lire les sous titres ( version anglaise); une concentration nécessaire pour suivre les dialogues dans la salle devient “bruyante”.

Pour conclure : une très belle illustration du “marivaudage”  dans toutes ses nuances, une adaptation qui rend fluide et intemporel ce classique.

Informations Utiles :

Voir aussi

Théâtre Edouard VII : Site Web

Une pièce de Marivaux
Mise en scène Ladislas Chollat
Scénographie Emmanuelle Roy
Costumes Jean-Daniel Vuillermoz
Lumière Alban Sauvé
Musique Frédéric Norel
Assistant mise en scène Éric Supply

DISTRIBUTION

 

Éric                                    Sylvie                             Suzanne                         Jérôme

ELMOSNINO                    TESTUD                         CLEMENT                       ROBART

 

 

 

Jean-Yves                        Simon                            Roxane                                     Florent

ROAN                              THOMAS                        DURAN                                     HILL

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