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La Famille Ortiz – Théâtre Rive Gauche –

La Famille Ortiz – Théâtre Rive Gauche –

Le Pitch

Une Famille extraordinaire : un père insubmersible, une mère protectrice. En leur sein, une fratrie qui fête et savoure chaque instant au rythme de scènes fantasmées de jeu de combat, rituels nostalgiques du passé glorieux de leur père.

Un jour, pourtant, un acte manqué à plus d’un titre brisera leur équilibre. Ils feront tout pour éviter l’inéluctable… voire le pire.

C’est l’histoire de la famille Ortiz qui vit d’amour comme dans un rêve… jusqu’à ce que la réalité s’en mêle.

 

Notre avis :

Préambule :

Pour celles et ceux qui ont lu  les ouvrages de Carole Martinez, “Cœur Cousu”, ” le Domaine des murmures” et “La terre qui penche” …  quel rapport avec la famille Ortiz ?

  • “Coeur Cousu” : l’histoire sur trois générations de femmes espagnoles unies par le mystérieux pouvoir de la couture
  • “Le domaine des murmures” tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir, de mots jamais inscrits, mais noués les uns aux autres et qui s’étirent en un chuintement doux.
  • et Enfin “ La terre qui penche” où la loue prend vie sous les traits de l’instable Dame Verte

Avis 

La famille Ortiz est comme l’un de ces récits où l’histoire se situe à la lisière du merveilleuxde l’onirique, des contes dans une prose hypnotique qui continue de murmurer à l’esprit après que l’on ait tourné la dernière page ou entendu la dernière réplique, le baisser de rideau.

Voici le premier ressenti au sortir de cette pièce : le souvenir ravivé des mots et de la magie de la plume de Carole Martinez avec, bien sûr,  des différences.

L’univers de Carole Martinez est exclusivement médiéval alors que celle de Jean- Philippe Daguerre est contemporain … avec ces notes d’humour décalé en plus,  qui font place au clair plutôt qu’à l’obscur, cette mise en scène et en jeux, colorée et vivante. Mais que l’on ne s’y trompe pas, sous le voile de la légèreté, du folklore, ce récit est poignant et s’ancre dans de profondes et ancestrales traditions.

Une poésie des mots mais aussi des tableaux témoigne de l’amour profond de l’auteur pour ces personnages qu’il nous invite à découvrir au fil de l’eau, ou de cette Garonne … dont les eaux claires et calmes peuvent virer troubles ou tumultueuses. Il y a cette marée de tendresse, d’amour mais aussi ces roulis entre colère, complicité, duplicité, rancœur, détresse…

L’émotion vous étreint vite, s’installe crescendo et ne nous lâche plus, et vous vous laisserez happer  par ces flots qui ne manqueront pas de faire gîter vos certitudes.

A l’instar de certaines répliques (« c’est en te taisant que tu nous sauves » …) qui murmurent encore à vos écoutilles, le sentiment d’embarquer un peu d’amour, ( “un  peu de je t’aime),  de loyauté, de nostalgie ou de débarquer quelques rancœurs, frustrations, blessures vous invitera à ne pas prendre le large trop vite, voire à reprendre certains fils laissés ici et là… ne pas noyer le poisson, fut-il mulet ou carpe…

On apprécie les tableaux haut en couleurs, les interludes musicaux et l’alternance des scènes entre profondeurs des textes et légèreté folklorique.

Que dire sinon un grand merci Jean-Philippe Daguerre de nous proposer de tels spectacles où le divertissement s’allie à la réflexion, au cheminement intérieur , à la mise en lumière que ce nous avons de plus beaux à offrir et partager. Bravos aussi pour cette troupe à la mesure, au diapason, à l’unisson ! 

Nb : la scène du repas ” en blanc”  en introduction de l’épilogue pourra rappeler une autre scène d’Adieu Monsieur Haffmann.. delà à  y voir un fil d’Ariane…

 

Informations utiles

Théâtre Rive Gauche : Informations

Du mardi au samedi à 21h
Matinées les dimanches à 15h

ÉQUIPE ARTISTIQUE

Une pièce écrite et mise en scène par
Jean-Philippe Daguerre

Avec
Miguel : Bernard Malaka
Marie : Isabelle de Botton
Pierre : Stéphane Dauch
Lino : Antoine Guiraud
Ali : Kamel Isker
Claire : Charlotte Matzneff

 

Voir aussi


Décors : Juliette Azzopardi – Costumes : Virginie H
Musiques et bande-Son : Hervé Haine – Lumières : Aurélien Amsellem
Assistant à la mise en scène : Hervé Haine

Chorégraphies : Florentine Houdinière

 (Crédit photo : Pascal ITO)

LE MOT D’ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT

“Quelle famille n’a pas de secrets ? Chaque clan est composé d’autant de choses dites que de choses tues… La pièce de Jean-Philippe Daguerre nous présente une famille magnifique, éperdue d’amour, la famille Ortiz, où tendresse et admiration lient les parents et les trois fils. Cependant, même quand on s’aime, on peut s’aimer maladroitement… Soudain, on laisse une question en suspens, laquelle se gangrène en doute, en soupçon, et finit par tout empoisonner. Pourquoi Pierre, après une enfance et une jeunesse heureuse au bord de la Garonne, quitte-t-il ses parents et ses frères adorés, cessant toute relation avec eux, pour s’exiler au bout du monde et s’inventer un autre passé ? Son épouse mène l’enquête, remonte avec lui dans les années fabuleuses jusqu’au grain de sable dans l’engrenage affectif…

J’espère que vous aimerez autant que moi cette pièce intrigante, colorée, drôle, dont la qualité d’émotion témoigne d’une véritable profondeur humaine.”

 

Le MOT DE JEAN PHILIPPE DAGUERRE

 Crédit Photo Franck HARSCOUET

UN CONTE CONTEMPORAIN
Il y a bien longtemps que cette histoire influencée par des éléments réels ayant touché ma vie, et celle de gens très proches, trotte dans ma tête. J’ai choisi un univers de conte contemporain pour la raconter, ne voulant pas tomber dans une chronique sociale naturaliste que j’ai toujours du mal à vouloir traiter lorsque j’écris du théâtre… sans oublier la peur de tomber dans la démagogie et la sensiblerie qui guettent sans cesse ce type de sujet.
Et quand on a la folie de vouloir toucher du doigt les méandres de la famille et de ses secrets, les mystères de l’Amour dans son absolu et du courage dans toute sa lâcheté, il faut tâcher de trouver la bonne distance stylistique et dramaturgique pour permettre au jeu théâtral et à l’émotion de tenter de s‘exprimer.

UN UNIVERS MÉLANCOLIQUE ET LOUFOQUE
Toujours très peu client du jeu ultra-naturaliste au théâtre, aussi bien quand j’aborde le travail de mise en scène d’une oeuvre classique que celle d’une œuvre contemporaine, je vais chercher à raconter cette histoire avec beaucoup d’engagement physique de la part de mes comédiens, de façon ludique et spectaculaire dans les parties de récits tauromachiques, mais aussi très soutenu dans les scènes de jeu et de récit plus « traditionnels »… sans oublier les respirations silencieuses, ou musicales, nécessaires à la respiration des comédiens… et des spectateurs.
Etant donné que “La Famille Ortiz” alterne en permanence des séquences dans des espaces temps et lieux différents, il faut que la mobilité et la créativité des décors, costumes, musiques et lumières soient au diapason de celles des comédiens pour réussir à embarquer tout le monde dans cet univers mélancolique et loufoque auquel je tiens… toujours en quête d’une émotion simple et sincère à partager avec générosité.

Jean-Philippe DAGUERRE

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