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Du groove comme jamais aux Transmusicales de Rennes

Du groove comme jamais aux Transmusicales de Rennes

Du groove comme jamais aux Transmusicales de Rennes

La quarantième édition des Transmusicales de Rennes, placée sous le signe d’une transversalité axée sur les rythmes afro, s’est achevée ce dimanche. Retour sur l’événement incontournable de ce mois de décembre qui a réuni 58 000 participants.

Deux pluies se sont abattues sur Rennes ce week-end, la première, un crachin breton somme toute banal, et la deuxième, plus musicale, avait de quoi réchauffer les cœurs. Car depuis leur création par l’association Terrapine en 1979, les Transmusicales de Rennes n’ont cessé de faire évoluer leur programmation en créant des ponts, parfois improbables, entre rock, electro et musique du monde. L’édition 2018 confirme la tendance de l’année dernière, à savoir un intérêt tout particulier porté sur les rythmes afro. Il faut dire qu’un courant rafraîchissant flotte dans la musique actuelle où l’on voit de nombreux groupes de rock incorporer leurs influences afro beat ou tichoumaren, le blues des Touaregs.

Sensation confirmée dès notre arrivée, jeudi, avec le duo caennais Bafang qui ouvrait les festivités sur la scène du Liberté, face à un public clairsemé mais attentif et surtout, réactif. Le duo s’autorise tout, fait groover des incursions hard rock et stoner, pédale big muff au plancher. Avec le titre « NCWE » qui évoque le « Spiral Staircase » des Kings of Leon – mais sous acide, et perdus dans le désert – Bafang fait rimer le punk avec le chèche, le turban des Touaregs que porte d’ailleurs le batteur. Deux mondes qui n’ont pas souvent l’habitude de se rencontrer, mais qui cohabitent à merveille. Après un rappel d’anthologie où le batteur, encore lui, se lance dans un solo façon « Moby Dick » version courte, puis est rejoint par le chanteur guitariste le pied à fond sur la wahwah, Bafang plie bagage et met toute l’assistance au diapason de cette édition 2018. Un peu plus tard, au Parc Expo (situé à Bruz, à 8 km de Rennes), on est scotché devant la brutalité du final d’Hubert Lenoir, chanteur québécois extirpé de son ancien groupe, The Seasons, qui lance violemment deux micros dans le public, torse nu, après une reprise plus punk que grunge de « Smell Like Teen Spirit ». Son côté « glam » lui donne un faux air d’Alain Khan. Le Hall 4 est plongé dans le noir et attire notre attention, le DJ rouennais Brook Linedémarre son set dans l’obscurité totale devant quelques badaud.

Disiz La Peste en maitre de cérémonie

Devant tant de sophistication, Robert Finley est comme une lumière au bout du tunnel. En trio, le sexagénaire originaire de Louisiane est un jeune bluesman avec seulement deux albums à son actif, dont le dernier produit par Dan Auerbach (The Black Keys). Mais le succès, même tardif, ne l’a pas changé. Fort d’une vie à jouer dans les rades et les petites salles de fête, Robert Finley sait à quoi tient le blues : un modeste ampli Fender Deluxe fait bien l’affaire. En trio – un claviériste et un batteur – le bluesman, habillé d’un chapeau noir en cuir, chante des chansons d’amour un peu désuètes mais terriblement belles. Au climax de la soirée, Disiz La Peste (dont on vous reparlera très prochainement)tête d’affiche flamboyante, transforme son set en messe noire avant de porter la foule vers une ambiance clubbing. « Hiroshima », single issu de son douzième et dernier album sorti en septembre, est déjà repris en cœur par le public. Avant de rentrer, on déambule dans les immenses halls du Parc des Expos qui nous laissent une sensation étrange ; l’absence de promiscuité est appréciable, mais les lieux manquent un peu de chaleur humaine. Entre les nombreux bars, les stands de hot dogs, de nachos ou de recharges de téléphones portables, il y a de l’espace à revendre. Au moins, on peut apprécier l’exposition photographique qui retrace l’histoire de quarante ans des Transmusicales où figure Ben Harper, Kraftwerk, The Fugees, Keziah Jones, Garbage, Nirvana…

Du groove comme jamais aux Transmusicales de Rennes

Ko Shin Moon. © Elodie Le Gall pour les Transmusicales de Rennes

Ko Shin Moon est l’excellente surprise de ce vendredi soir. À l’Ubu, une petite foule s’est amassée dans le club du centre ville de Rennes pour démarrer la soirée avec une véritable transe. Le duo assemble des nappes électroniques et synthétiques à la sitar – jouée sur scène. Au milieu du set, on a un pied en Inde, l’autre au Maroc. Globalement très bien ficelé, parfois drôle – il faut voir le claviériste se marrer lorsqu’il chante comme un moine tibétain – Ko Shin Moon est un véritable enchantement qui séduit tout le monde. De retour au Parc Expo, Nelson Beer est seul en piste, armé d’un ordinateur portable, face à l’immense hall 9 – la scène est un peu déroutante. Plus déroutant encore, The Naghash Ensemble, groupe composé de trois chanteuses classiques et de musiciens arméniens qui s’attèlent sur des instruments du Moyen Âge. Le contraste est saisissant – après tout, nous sommes aux Trans’. Le groupe arménien chante les poèmes de Mkrticj Naghash, écrivain et prêtre du XVème siècle sous des airs jazzy et traditionnels. À notre grande surprise, le public est multigénérationnel. En fait, chacun vient ici s’offrir un instant de grâce, une méditation, avant de replonger dans le grand bain.

Ce grand bain que nous ne tardons pas à rejoindre avec Komodo, les Néerlandais qui font sensation avec seulement un seul EP dans les bacs. Mais sur scène, ils ont bien entendu beaucoup plus à proposer – scoop : leur premier album devrait sortir très prochainement. Lorsque Gino Bombrini (aussi membre du duo Skip&Die) prend une guitare folk, il y a quelques réminiscences de Crosby, Still & Nash. Le groupe porte un psychédélisme pop haut en couleur – rien à voir avec celui des Black Angels, plus proche de Temples – et propose un show très (trop ?) bien calibré. On les abandonne pour la reine du hip hop kenyan, Muthoni Drummer Queen. Inclassifiable, intemporelle, la chanteuse fait de très grands écarts entre la soul, le hip hop et la musique électronique. Une diva furieuse qui mettra tout le monde à ses pieds et qui résume à elle seul l’idée d’une « trans » musique.

Baptiste Manzinali

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