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AGENDA L’expo « Paris-Londres : Music Migrations (1962-1989) » le rock n’a pas de frontières

AGENDA L’expo « Paris-Londres : Music Migrations (1962-1989) » le rock n’a pas de frontières

Moins en vue, pour ne pas dire en vogue, que d’autres institutions culturelles, le Palais de la Porte Dorée abrite la meilleure exposition consacrée à la musique depuis « David Bowie Is ». À découvrir jusqu’au 5 janvier 2020

C’est le Musée de l’Histoire de l’Immigration qui est à l’origine de cette exposition fidèle à son image, c’est-à-dire unique dans son offre mais surtout dans son approche. L’établissement est une référence pour ses programmes toujours créatifs, ambitieux et modernes. Il brave les préjugés, évidemment, mais surtout les clichés.

L’exposition est une nouvelle preuve concrète du travail et de l’intelligence du lieu qui œuvre pour la valorisation des cultures issues de l’immigration. « Paris-Londres : Music Migrations (1962-1989) » séduit d’emblée par son intitulé. Deux capitales situées dans une période bien choisie, promettant un parcours sociétal et musical aussi patrimonial que moderne. Les deux villes ont vu se succéder des vagues d’immigrations à l’époque de leurs empires, puis de l’entrée en vigueur des politiques de décolonisation. La dernière décennie consacre les générations nées sur un nouveau sol, bousculant les traditions culturelles au point de lancer des courants qui résonnent encore de leurs apports révolutionnaires et avant-gardistes.

L’exposition ravit autant les initiés que les néophytes. Elle est savamment agencée et contextualisée. La visite mérite un minimum de deux heures, idéalement deux heures trente, avec le sentiment de visiter les trois décennies et ces deux villes en moins d’une heure. Les yéyés et le Rocksteady ouvrent la visite. Ces images plus familières pour le grand public plongent immédiatement dans l’époque et rendent encore plus réels les épisodes qui jalonnent le parcours : Reggae, Raï, Punk, Hip-Hop. Les lieux d’émancipation de ces musiques sont aussi évoqués avec une authenticité et un réalisme qui manquaient par exemple à l’exposition récente sur la musique arabe à la Philharmonie.

Objets, installations, pochettes de disques, documents et photographies sont chaque fois sélectionnés avec des exigences en matière de sens et d’esthétisme. C’est ainsi que Sham 69 à Londres et les Bérurier Noir à Paris sont honorés et prouvent là encore le travail et la connaissance des commissaires de l’exposition. Ainsi, le sujet de l’immigration n’oublie pas d’associer les militants de la lutte contre le racisme. Par exemple, le choix du groupe anglais est guidé par une anecdote forte relative au carnaval de Notting Hill et une belle illustration photographique.

Tout semble choisi avec un pouvoir d’emporter immédiatement le visiteur qui ne regarde pas mais vit des évènements tels que les Clash à Mogador, le carnaval jamaïcain, ou le grand concert de SOS Racisme à la Concorde. Pour ce rassemblement culte, une affiche d’époque est là pour rappeler que le groupe marocain Nass el Ghiwane (majeur et oublié dans les récentes expos thématiques) avait fait le déplacement aux côtés de Coluche, Jean-Jacques Goldman et… Orchestral Manoeuvres in the Dark. Les extraits audiovisuels sont minutieusement sélectionnés pour être intégralement consultés avec un angle pertinent à la fois digeste et exhaustif. Le groupe Asian Dub Foundation prête ses instruments, sa platine MK2 et ses séquenceurs qu’ils racontent, comme si chaque objet avait une âme, sur des écrans dans le même « corner ». Cet espace consacré est aussi un prétexte pour que les membres du groupe évoquent les vies courageuses de leurs aînés avec tendresse, émotion et admiration.

Pour dépasser la perfection, on suggèrerait tout de même d’accorder un peu plus de place à Rachid Taha, disparu en septembre dernier. Sa reprise du « Rock the Casbah » de The Clash (qui, selon la légende, se serait inspiré de lui) synthétise à elle seule la thématique. Il était LE Français issu de l’immigration, adoré de l’Angleterre punk, rock et electro. Peut-être un point de départ pour une suite à laquelle on rêve déjà : « Paris–Londres Music Migrations 2 (1989-2019) ».

C’est dans cet espace dédié aux bénéfices des apports culturels de l’immigration que se trouve une partie du document orignal de « La Marseillaise » écrite de la main de Rouget de l’Isle. La boucle est bouclée… pour la famille Gainsbourg, qui en fait le prêt mais aussi pour le pays…

 

Rolling Stone

Marc FICHELLE, créateur et directeur de France Pass TV.

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