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Gibert Joseph ferme trois librairies : vers “un démantèlement” du groupe ?

Gibert Joseph ferme trois librairies : vers “un démantèlement” du groupe ?

Selon les informations obtenues par ActuaLitté, la direction de Gibert Joseph a décidé la fermeture de trois librairies. Un processus enclenché qui préoccupe désormais les salariés. Présente dans une vingtaine de villes en France, l’enseigne a en effet semé le doute sur l’avenir d’autres établissements.

Chez Gibert « on cultive le secret », nous glisse un salarié. La direction, que ActuaLitté n’est pas parvenue à joindre, n’y est pourtant pas allée par quatre chemins. « Au cours de la semaine, trois établissements ont été visités par la DRH. Nous avions été alertés par un email de notre direction qui ne faisait pas preuve d’un grand optimisme », nous indique-t-on. « À ce jour, pas plus d’éléments : il faut attendre les consultations avec les élus du personnel », répond-on au sein l’entreprise. Si elles peuvent avoir lieu…

Trois librairies sur le carreau

La direction a en effet demandé la mise en liquidation judiciaire pour les librairies d’Aubergenville, Chalon-sur-Saône, et Clermont-Ferrand. Soit près d’une trentaine de salariés concernés, sans possibilité de PSE. « Nous n’atteignons pas le seuil légal de 10 licenciements sur 30 jours consécutifs », explique la CGT. Dans cette perspective, aucun reclassement ni proposition d’alternatives.

« On nous laisse dans un marché de l’emploi sinistré et dans les mains de l’administrateur judiciaire. De la sorte, l’entreprise peut considérer que sa responsabilité sociale n’est pas engagée », témoigne un salarié. « Les “Gibert” auraient connu, comme toutes les autres librairies un trou d’air, et les difficultés financières engendrées par le Covid justifieraient alors ces mesures. »

Les audiences pour les librairies de Clermont et Chalon-sur-Saône sont fixées au 28 mai, celle d’Aubergenville n’est pas encore connue.

« La logique a été de nous pointer que le monde du livre a vécu une situation compliquée, que nos magasins sont fragiles et avec une crise qui a accentué la situation », poursuit un membre du personnel. « La solution était prise pour le groupe, nous aurons accès à des indemnités de licenciement, il fallait donc l’accepter. »

Âpre, surtout en s’entendant expliquer que « nous sommes encore jeunes et qu’on retrouvera du travail. Certains ont beaucoup d’expérience, et à 50 ans, dans la librairie, cela n’a rien d’une évidence d’être réembauché ».

La nouvelle intervient après que Richard Dubois, directeur commercial du groupe, a décidé de prendre sa retraite, en mars dernier.

“Gibert se dédouane”

La CGT, contactée par ActuaLitté, ne mâche pas ses mots, et parlerait même « d’un effet d’aubaine, avec le déconfinement. La direction de Gibert se dédouane totalement : ce ne sont pas eux qui prennent la décision des licenciements, puisqu’elle découlera de la conclusion de l’administrateur ».

Et d’ajouter : « La responsabilité de l’employeur est d’autant plus grande qu’aucune mesure n’a été prise, un tant soit peu significative, pour maintenir l’activité, malgré la volonté du personnel. »

La situation économique du groupe n’étonne pourtant personne : « La direction nous tient à l’écart de toute logique collective, et même sans vision d’ensemble, on sait que les librairies encaissent un léger déficit — pour les boutiques parisiennes tout du moins. »

Longtemps imaginée, l’arrivée d’un repreneur qui aurait signé un chèque pour l’ensemble du réseau serait alors balayée par celle « d’un démantèlement du groupe ? La réduction de la voilure semble conduire leur stratégie : fermer des librairies en province ; restructurer sur Paris, tout est possible. La logique économique du groupe, de toute manière, nous a toujours échappé ».

Rappelons qu’en novembre 2017, l’autorité de la concurrence avait approuvé le rachat de Gibert Jeune par Gibert Joseph, réunissant les deux enseignes sous un même pavillon. Et ce, après des années de séparation.

mise à jour 16 h :

La CGT vient de diffuser une réaction directe à cette annonce de fermeture des librairies. Nous la reproduisons ici dans son intégralité. Elle confirme les informations déjà communiquées par ActuaLitté.

La rumeur était vraie. Nous avons eu ce jour confirmation que les trois magasins Gibert Joseph qui n’avaient pas réouvert à l’issue de la période de confinement sont bien sous la menace d’une liquidation.

Nos collègues sont sous le choc après avoir appris la cessation d’activité à quelques jours de l’audience du tribunal du commerce qui scellera le sort des boutiques. Si la date n’est pas encore fixée pour Aubergenville, ce sera le 28 mai pour Chalon-sur-Saône et Clermont-Ferrand. Une trentaine de salariés sont concernés.

Nous n’avons pas de mots pour qualifier le procédé utilisé par la direction pour restructurer le groupe Gibert Joseph. Les collègues avec qui nous avons pu nous entretenir sont abasourdis. Profitant du confinement pour conduire dans le plus grand secret les démarches de liquidation, la direction, par l’intermédiaire du DRH, a annoncé cyniquement dans une seule et unique réunion pour chaque boutique que le magasin dans lequel nos collègues travaillent pour certains depuis plusieurs dizaines d’années ne rouvrira pas ses portes.

La brutalité de la démarche s’explique par la tentative de la direction de s’exonérer de ses responsabilités sociales en laissant le soin à l’administrateur de procéder aux licenciements sans que nos collègues puissent exiger du groupe Gibert Joseph une participation supra-légale à leurs conditions de départ. Aucune considération économique, de quelque nature qu’elle soit, ne peut justifier ces pratiques : dans la période actuelle, placer des salariés en situation de chômage dans des bassins d’emploi fragilisés en ne leur octroyant que les indemnités légales est proprement scandaleux.

Notre section syndicale ne pouvant agir légalement qu’au périmètre des magasins parisiens, nous souhaitons en premier lieu adresser à nos collègues toute notre solidarité. Nous comprenons mieux, dans la situation actuelle, le refus catégorique de mettre en place d’une représentation du personnel commune à l’ensemble des magasins du groupe.

La direction peut ainsi licencier trente personnes sans avoir l’obligation de mettre en place un Plan de Sauvegarde de l’Emploi. La section CGT Gibert Joseph et son syndicat, l’US CGT Commerce et Services de Paris appuieront sans réserve les revendications des collègues d’Aubergenville, Chalon-sur-Saône et Clermont-Ferrand.

photo ActuaLitté, CC BY SA 2.0 – Gibert Joseph boulevard Saint-Michel, Paris

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